il y a trois ans, j'ai lu d'aussi loin que je me souvienne, il s'est toujours levé tôt, et j'avais été touché par ce récit de Vincent Flamand avec qui j'ai partagé vaguement quelques années de séminaire il y a longtemps. J'y avais deviné l'indicible épaisseur du bonhomme fascinant, dans un récit tendre et vrai, cru et amoureux, celui qu'un fils écrit sur son père. Cette lecture avait ouvert encore plus de questions... car si Vincent avait été ordonné pendant les années où j'étais à Paris, il avait quitté le ministère depuis. Et ce récit me perdait dans cette décision qui m'effraie toujours un peu.
Pourquoi et comment peut-on poser un non sur un "oui" donné il y a quelques années ? et le portrait sensible du père ne répondait pas... ce mystère se pare de mots qu'on tait trop souvent, par pudeur, pudibonderie, malséance... c'est un mystère pris dans une vie en déploiement, c'est un mystère que je ne comprendrai jamais, mais que j'essaie parfois d'accompagner le moins infidèlement possible. Vincent vient de sortir un deuxième livre, la possibilité du garçon, aux éditions du castor astral. Il republie le portrait de son père, bourru incompris et dévoué à son fils... et pose en écho celui tout aussi amoureux mais étouffant de sa maman, et les soubresauts qu'il fit pour éreinter cette étreinte. C'est très très bien écrit, sans animosité ni comptes à régler, et on devine le fils qui grandit au milieu de ces deux amours envahissants. Si le récit du père disait quelque chose de l'homme devenu, celui de la mère dit encore autre chose de l'homme en devenir. Et cela dit l'aventure d'un oui, puis d'un autre. ça décape, mais c'est bon.
J'ai fini de lire ces récits il y a de nombreuses semaines mais ne sais pas les chroniquer. J'ai simplement aimé écouter aimer.

« J’ai écrit Fifoche pour me rapprocher de mon père et La possibilité du garçon pour me séparer de ma mère. La tentation serait grande de vouloir tout expliquer, nuancer, corriger ; de tenter, par le pouvoir de l’écriture, de retarder un tant soit peu encore la tristesse des adieux. Mais j’imagine déjà l’énervement de mon père, piaffant d’impatience à l’idée de rater le train pour l’au-delà, et j’entends presque les cris de ma mère, consternée à la perspective de devenir un fantôme, elle qui, de son vivant, a tant cherché à être un peu moins hantée, possédée par l’angoisse.
Alors je m’abstiens et je mets un point final à ces textes que j’ai écrits pour pouvoir vivre une autre vie, une vie sans eux. Quoique… » Vincent Flamand. Deux textes composent ce récit. Le premier, Fifoche, est dédié au père du narrateur. Le second, La possibilité du garçon, est consacrée à sa mère. Ce diptyque constitue l’hommage douloureux mais apaisé d’un fils unique à ses deux parents, dont l’amour débordant et pour tout dire merveilleux, en est venu peu à peu à le fragiliser.
D’un côté, un père âgé, fantasque et permissif ; de l’autre, une mère anxieuse, protectrice et fusionnelle. Ce très beau témoignage, vibrant et émouvant, se partage entre confession, (psych)analyse et poésie. Avec une grande justesse, Vincent Flamand a mis en mots la joie, la détresse et les paradoxes de tout amour filial.
Le Castor Astral, coll. Escales des lettres, 2013 – 142 p. – 12 € – ISBN : 978-2859209360

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