samedi 18 février 2012

Monggo ke Bromo Romo

Pourrait-on imaginer qu’un visiteur estimable puisse quitter la Manche sans visiter le Mont-Saint-Michel lové en son sein ? A moins qu’il soit breton (puisqu’ils n’y ont mis les pieds que pour le brûler), non. ça doit être le même chauvinisme local qui poussait nombre de mes interlocuteurs à me demander si j’avais déjà vu le Bromo. Si vous n’êtes pas super familiers des chaînes voyage ou de la géographie indonésienne comme moi, il est probable que vous sous estimiez l’importance de ce site où se pressent pourtant nombre de touristes. ça vaut le détour. Simplement, ça se mérite. Le Bromo, c’est beau… au lever du soleil. C’est pourquoi le mec des jeunes de la rue m’avait donné rendez-vous pour y aller avec lui assez tôt. Une heure du matin pour être précis. C’est pas si simple de dormir sur commande quand on sait qu’on ne va pas, quoi qu’il arrive, dormir assez, surtout quand le jour précédent on a enchaîné un joli hétéroclisme de réunions entre soussous, religieuses et précisions sur un éventuel poste de coopérant. Vaille que vaille, j’avais vaguement réussi à m’endormir raisonnablement pas trop tard, réglant mon réveil une bonne demie heure avant, histoire de me préparer tranquillement. Déjà, il avait fallu dégoter une paire de pompes adéquates pour un 2600m, en taille 42 (le max., quasiment, ici).

Mais à 11h45, on frappe à ma porte. “ils sont là”. Fichue “jam karet”, heure élastique indonésienne, cette fois ci, c’est une heure et quart d’avance. Je pensais qu’on serait 4 ou 5, nous partons en fait à deux voitures… 16 personnes entre étudiants et gamins de l’assoce. Je m’habille à la hâte, et comate pendant qu’on prend de l’essence et des machins à grignoter pour la route. On quitte la ville pour aborder la montagne par “l’autre côté”, la voie des évacuations qui évolue peu à peu de l’asphalte lisse à de grands pavés de ciment plus ou moins ajustés. Les maisons s’espacent jusqu’à entrer dans le parc national, et les talkies-walkies crépitent sans cesse entre les deux voitures au gré des nids de poule, éboulements, ou villages de montagne aperçus au loin. Il fait nuit noire et ça grimpe sec. En fait, ça grimpe sec surtout pour notre véhicule. Après les avoir perdus de vue, nous apprenons que le moteur refuse de fonctionner et qu’il faut monter un peu plus pour espérer trouver quelqu’un pour nous aider à dépanner. 5 minutes de cette route plus tard, nous tombons sur le village endormi, et après l’avoir traversé de part en part, toquons à la porte d’un mec qui a une voiture. Réveillé, il redescend avec notre voiture pendant que sa femme nous tape la conversation dans le salon. Avec le vent et les frigorifiques 16°, nous parlons de tout et de rien dans le canapé d’une inconnue à 2h du matin. Une petite heure plus tard, tout est réglé mais le mec nous accompagne dans son véhicule tout terrain, le nôtre ne tiendrait pas.

Et l’aventure commence, nous nous frayons un chemin d’abord dans un chemin encaissé et défoncé, puis dans une grande prairie encadrée de montagnes dont l’ombre perce à peine l’obscurité, le chemin et hasardeux et franchement tape cul, et ça dure, et ça dure… Au bout de quelques temps, des lumières apparaissent au loin, et des phares aussi… Comme on a pris un peu de retard, c’est sur le Bromo lui-même que nous attendrons le lever du soleil, et pas en face. La route n’en est pas une et le sol est noir, une rupture de terrain nous fait même hésiter un moment, mais les véhicules le franchissent quand même. A peine garés, nous filons vers le sommet, à peine éclairés de quelques lampes torches, sur ce sol toujours sombre et raviné. En haut d’un immense escalier, le ciel s’éclaircit. Il faut dire ce qui est, ça pèle grave. Peu importe, je sors l’appareil photo du sac, histoire d’immortaliser tout ça. Il ne répond pas. La batterie n’a aimé ni le vent frais, ni l’altitude après son petit séjour indonésien. Elle s’est TOTALEMENT vidée. Le pied. ça, c’est de travail de champion.

Reste à profiter, des yeux, pendant qu’on mitraille à mes côtés, nous sommes accroupis sur la lèvre d’un sommet, le sol file sur les deux versants assez abruptement. Peu à peu le ciel se colore et de rouge et de bleu, et dessine des nuages noirs et soyeux sur les sommets qui se détourent insensiblement. Une touche plus rouge ici, un or timide par là, c’est grandiose. Le paysage lunaire se révèle aussi, ce volcan sur le rebord duquel je suis assis a explosé pendant six mois en 2010, déposant 75 cm de cendres dans toute la plaine cernée par les sommets. Le cratère est béant, mais il n’impressionne pas le soleil qui jaillit peu à peu. C’est franchement beau et la nature alentour se permet d’être adoucie par la lumière rasante. Après les couleurs du ciel, c’est le vert accroché au versant que l’on voit maintenant, et la mer de sable noir qu’on a traversée, balayée de vents qui la modifient en permanence. C’est lumineux.

et j’ai pas mon appareil photo.

Le chauffeur d’occasion est vraiment sympa, et la bagnole de ville qui nous suit s’arrache comme elle peut des trous de notre route du retour, fraîche et ensoleillée. Nous avons pris notre temps, il est 7h30.

En redescendant, on s’arrête dans la famille d’un des jeunes des rues. Une famille toute sympa, qui nous offre aussitôt, (à nous 16!) à manger et à boire. L’énigme des enfants des rues s’épaissit d’autant plus. Sensibilisé depuis peu, j’en vois partout, et je sais qu’ils sont des centaines. Bercé de contes de bonne famille, j’imaginais des Cosettes abandonnées par des Thénardier, mais tout est plus compliqué. La famille est sympa mais le fils a dû exploser ce cadre, partir peut-être, ou ne plus trouver sa place dans le quartier. Certains n’ont plus de familles, ou divorcées, ou dangereuses. Certains sont simplement perdus dans leurs mauvais choix. Il a beau être 10h du matin, je suis un peu paumé.

Chez cette famille adorable et accueillante (et musulmane) la conversation dérive sur les jésuites, les séminaires, le célibat, et l’intervention que Mas Tejo avait été invité à faire auprès des séminaristes en présence de l’évêque. Il avait commencé en demandant quel était le budget savon pour la masturbation. On a vu plus finement amené. et on a dû voir rougir tous les participants depuis l’étranger! Conversation surprenante, mais finalement sensée et équilibrée. Il y a quelque chose qui sans cesse, dans la foi, nous déplace hors des certitudes, même humaines.

La preuve, au retour, un des jeunes étudiants change de voiture pour parler tranquillement des questions que lui pose la vie consacrée. Que sa vie ait un sens lui est évident, comment faire tranquillement chacun des pas suivants, surtout quand on est chercheur, talentueux, et sans certitude, voilà qui promet…

PS: pour l’instant : pas de photo. (oui, je suis un boulet) Peut être aura-t-on la délicatesse de m’en envoyer. Vous pourrez féliciter les vierges sages.
PPS: je suis vanné.
PPPS: demain, Bali.

PPPPS (oui, ça fait beaucoup de post: finalement, de mauvais coeur, j’ai sorti mon téléphone portable. c’était tellement beau et radieux que même ce machin a réussi à sortir du potable. C’est dire.

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jeudi 16 février 2012

Malang

Il y a quelque chose de profondément imprévu et inanticipable dans la mission que la DCC m’a confiée il y a un an. Dans un pays comprenant plus de 220 millions d’habitants, 17000 îles, quelques centaines de langues, il s’agit de rencontrer les situations et les personnes qui auraient besoin, ou pourraient permettre la venue d’un coopérant. Autant chercher une aiguille dans une aciérie, avec un détecteur de métaux pour seul outil. Et pourtant les besoins et les liens ne manquent pas, et il y a vraiment des situations pour lesquelles un coopérant pourrait abattre un boulot formidable pour (presque) pas un rond.

Ce qui m’étonne, et agace mon amour propre, c’est qu’on finit par les trouver. En arrivant à Malang cette année, ville hors des sentiers battus que j’avais découverte l’an dernier parce que les sœurs qui y sont présentes ont leur maison mère dans le diocèse de Coutances, en arrivant à Malang hier, je ne savais pas comment les premiers contacts, certes très polis, allaient tourner. Il était question d’une réunion à 10h, ou à midi, de la messe à 5h30, mais le curé de la paroisse où je squatte (parce que oui, je squatte) était allé accompagner un confrère dans une église à 6h de route d’ici, donc était passablement absent.

de manière absolument pas délibérée, j’ai zappé la messe. J’ai bien entendu le muezzin vers 5h, vu que le voisin d’en face de l’église, c’est une énoooorme mosquée, mais je me suis rendormi juste après. La veille au soir, j’avais tapé la discute avec le tout petit groupe des jeunes de la paroisse, causé photo avec un probable futur séminariste, et retrouvé le fameux mec qui s’occupe des enfants des rues. C’est lui, avec deux de ses protégés qui était venu me chercher à l’aéroport. Bref. Je ne voulais pas rater le rendez-vous.

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En arrivant à l’université catholique, personne. les jeunes sont en vacances. C’est une espèce de malédiction qui me poursuit, chaque fois que j’y vais, ils ne sont pas là. On me colle dans un bureau, débarque le prêtre que je connais, accompagné du jeune qui m’a emmené sur sa vespa jusqu’ici. Débarque aussi un homme qui est directeur de jsais pas trop quoi. Je commence à expliquer les tenants, les aboutissants, les difficultés, les enjeux, et au bout de 20 minutes, il me raconte qu’il était super pote avec les coopérants de Bali d’il y a quelques années… Surtout ne pas arrêter de sourire…

La conversation, polie, sympathique les amène à me conduire vers le patron de l’université. Je réalise que, par conséquent, je ne sais pas avec qui je parlais depuis une demie-heure. C’est un prêtre, en col romain, et la rencontre prend un tour inattendu. A la différence des questions polies et sympathiques, ce sont des points hyper circonstanciés, des renseignements ultra précis qu’on me demande, des enjeux que je ne devine qu’à peine. Le type est puissant, la conversation marathonienne. Je ne sais pas si je suis en train de couler ou d’avancer. tout cela peut se révéler génial ou totalement ubuesque. Pour avancer, il va falloir bosser avec le ministère de la coopération en France, l’ambassade en Indonésie, et pas mal d’autres machins, et j’en perds souffle. Tout cela en une bonne heure non stop et hallucinée.

Le pire, c’est que j’étais relativement préparé, même si rien de tout cela ne m'’était vraiment annoncé. On rentre, déjeune tranquillement, bavasse avec une sœur (c’est la 2e religieuse que je croise aujourd’hui… elle, elle attend que l’averse se calme). Et le prêtre de la paroisse, qui a fini par rentrer et que je croise pour la 2e fois (une première fois vers 9h00 quand il émerge après une très très courte nuit), Bref, le prêtre me demande si je veux aller à l’ordination des diacres de l’après midi. Nous sommes un jeudi. Et à 16h30 il va y avoir une ordination de diacres. Au pluriel. Va pour l’ordination. je m’allonge un instant et me réveille une heure plus tard, exactement dans la même position. Ouch. Sommeil de brute. Nous filons à l’ordination, et comme on ne m’a pas filé de soutane blanche, j’ai opté rapidos pour le col romain. Tant mieux parce que je me retrouve dans les bancs avec une étole (mais sans aube, brrr) pour la fameuse ordination de … 13 diacres par l’évêque du coin. 13 diacres mais pas un pour lui. des SVD, des carmes à chaussures, des missionnaires trucs, un diocésain du diocèse d’à coté… la célébration dure 2h15, sans relief particulier, mais 13 à la douzaine, c’est une première pour moi. Ils ont optimisé certains gestes (on leur remet l’Evangile trois par trois, tout en leur donnant la paix par la même occasion, on leur file étole et dalmatique qu’ils vont enfiler en douce dans la sacristie) ça reste quand même émouvant. A la fin, après deux mini discours, tout le monde (familles, curés, bonnes sœurs) se barre aussi sec.

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Vu qu’on attend qu’un prêtre vienne nous chercher, on se pose dans un salon dans lequel l’évêque vient nous saluer; il se rappelle de ma venue il y a quelques mois, on échange deux trois mots. Il est tard, faut songer à manger.

le P. Eko et le P. Sugeng m’emmènent dans un des restos chics de la ville pour manger plein de petites choses délicieuses, super épicées, et un peu surprenantes (j’aime bien l’idée de manger des pigeons, mais la tête, ça fait toujours bizarre). Débarque dans le resto un chanteur à la mode avec sa nouvelle copine officielle, dont la peau a dû être blanchie à la chaux. ils investissent une table immense avec une petite cour tout autour d’eux, augmentée bientôt du chef de la police qui vient glousser à leur table. Les agents chargés de sa garde personnelle papillonnent à la table d’à côté. C’est vraiment complètement hallucinant. Au moment de repartir, on voit le convoi de voitures de police dernière génération et voitures de prestige encombrant tout le parking, et, cela va sans dire, bloquant tout le monde.

J’avoue que j’espère que mes hôtes vont me ramener chez moi. Ils s’arrêtent pourtant sur la route. Nous revoici dans l’antre des enfants des rues, un des rares lieux où on croit suffisamment en eux pour avoir la prétention de vouloir les sauver. Eux, c’est ce petit gars d’à peine 10 ans, mèche blonde décolorée, c’est ce mec qu’il faut cacher, c’est une maman qui partage son VIH avec son bébé, c’est la minette aux allures de garçon qui n’aime que les filles, c’est le drogué qui n’a rien pris depuis 50 jours, ce sont les chanteurs des rues, etc, etc. Et le grand chef de tout cela, en calbut parce qu’on l’a réveillé, nous montre les photos d’une vieille qui a été renversée par une voiture mais qui n’a pas été soignée depuis des semaines. Son dos est ouvert, purulent, des vers sortent des plaies. Les photos sont insoutenables, le nettoyage des plaies un boulot qu’un boucher renierait. C’est hallucinant de souffrance, de violence, de pauvreté.

Comme apparemment ça doit se voir que je commence à comater, on laisse tomber tout cela et on rentre tranquillement. Sur le chemin du retour, une voiture de police, toutes sirènes hurlantes, ouvre la route pour la voiture de luxe du chanteur.

parfois l'Indonésie, ça fait pleurer.
Sinon, ça ouvre quelque chose dans ma vie trop bien rangée.

photos bonus: même sur les photos les plus posées, t’en as toujours un qui déconne.

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et la veille à Bangka:

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mardi 14 février 2012

dari Batam ke Bangka

Quand on la raconte, la vie semble toujours un peu plus palpitante qu’elle ne l’est quand les heures coulent patiemment, et tambourinent à ma fenêtre comme la pluie à l’instant. Ainsi, après la virée inattendue en bateau jusque dans la communauté minuscule et lointaine de Sembur, le temps s’est étiré, il a passé pour rien, ou pour moins. J’avais envisagé de prendre l’avion dès vendredi pour aller voir l’évêque du diocèse, mais pas d’avion avant lundi. Me voici donc trois jours de plus dans ce lieu, prenant le temps des discussions avec les différents acteurs de la coopération: élèves, professeurs, directrice, et surtout coopérant. C’est bien aussi de rester un peu dans un lieu, peu à peu les langues se délient, jusque dans l’aéroport quelques minutes avant le départ. (je demanderai deux mois à l’évêque l’an prochain Clignement d'œil)

Le dimanche fut bien calme aussi puisque le soir devait avoir lieu la cérémonie d’au-revoir de l’ancien directeur que je connaissais bien, à la fin de la messe. Me voici donc une nouvelle fois derrière l’autel, mais cette année non pas pour présider mais pour concélébrer. Le challenge n°1 consiste toujours à trouver une aube pas trop courte, les indonésiens ne brillant pas par leur taille excessive. Va pour les dentelles. Arrivé dans l’église, je parcours l’assemblée nombreuse du regard pour essayer d’y reconnaître les quelques profs qui devraient être là, ils ne sont pas légion, sauf le coopérant, comme prévu. Une tête pour autant me “dit” quelque chose, un air familier mais impossible à identifier, comme un vague jumeau d’une vague réminiscence. Le coquin est tout sourire, ça doit être ce qui a retenu mon regard. Après tout, la messe ici, surtout quand les homélies et annonces en tous genres sont aussi longues, c’est pas très funky.

1h30 de messe plus tard, nous nous retrouvons dans une grande salle pour la série (épuisante) des discours… Et là, le souriant m’aborde. De près c’est encore plus troublant. Et en deux mots l’évidence se fait. Il s’agit de Gordon, un ancien élève du petit séminaire de Bali (2000km d’ici) qui était en classe de 3e lors de la première année de ma coopération. En me voyant à l’église, il avait eu les mêmes hésitations, levées par la présentation. Les Balinais ne voyagent que très rarement, mais après avoir quitté le séminaire, il avait poursuivi ses études. Il était pour autant impossible qu’on se croise, un dimanche après midi, dans une paroisse à l’autre bout de l’Indonésie. Je suis allé boire un coup chez lui et Sekar sa jeune et charmante épouse. il est architecte et semble avoir des moyens, il continue une vie bonne, nous avons longuement parlé… et c’est con mais je crois que j’étais content et fier de le voir devenir ce qu’il est… Improbables instants semés même si, à l’époque, j’avais déjà une sacrée tête de gamin

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en vrac, sinon, les actus en petits récits

je suis reparti lundi de Batam, en avion (finalement pas à hélices mais d’une marque indéterminée). Quand on voit la vitesse et la facilité d’accès aux avions, il y a de quoi stresser un chouilla! On est parti pour l’aéroport 1h05 avant le départ de l’avion, en arrivant, on a mangé un morceau, un quart d’heure avant le départ, je passais la sécurité à fond de train, je me présentais au guichet avec mon sac de 17kg et 3 colis de 30kg que je devais “transmettre” mais sans billet ou quoique ce soit prouvant pourqui/dequi/ce qu’il y avait dedans… pas de souci… je file vers la salle d’attente, pour 5 minutes. L’avion de manière prévisible avait finalement une bonne heure trente de retard. Et comme c’est un vol de liaison entre petites îles, nous étions 10 à tout casser à l’intérieur (pour 100 places). L’avantage, c’est qu’on récupère vite ses bagages!

Personne pour venir nous chercher, moi et l’autre prêtre, un coup de fil, 20 minutes d’attente et hop, nous voilà emmenés (après une tchatche improbable avec les chauffeurs de taxi en dilettante de l’aéroport) à l’évêché. On colle mon sac dans une petite chambre improbable puis on va boire un coup dans la salle commune.

Ils sont 14 prêtres à vivre ici (sur la soixantaine du diocèse qui est absolument immense, une heure d’avion d’un bout à l’autre, sans compter les heures de bateau et de voiture). Une petite piaule chacun, repas en commun avec l’évêque qui se pointe pour la prière du soir. Drôle de vie communautaire sacerdotale.

Arrive le responsable de la maison qui prend mon sac et me mène vers la chambre au premier du bâtiment principal qui m’a été réservée. Bon, en fait, les portes du bas sont toutes fermées à clef, et au bout de 10mn, on finit par entrer, croisant l’évêque en short et marcel qui m’accueille bien gentiment. il faut dire que ma chambre est à côté de la sienne. Changement d’ambiance, la chambre est toujours aussi petite mais le bâtiment, immense n’a que deux ans.

Je vais pouvoir profiter d’un lit pas trop vieux, d’un air conditionné hurlant, des avions qui décollent toutes les heures depuis l’aéroport… et d’une discussion à la cool sur le palier de l’évêque avant de rejoindre tout le monde pour manger. Il a été ordonné il y a plus de 25 ans, et il est le 6e sur ce siège, en comptant les administrateurs apostoliques (depuis 1924). Il est vraiment super sympathique, nonobstant son petit nom “hilarius” Clignement d'œil

Après le repas et les complies, je tape la discute avec le futur recteur du petit séminaire qu’ils sont en train d’installer dans le diocèse. La première promotion comptera 15 élèves… on verra pour la suite… Rendez-vous est donné à ce joli petit monde le lendemain matin, 8h, après la messe et le petit dej.

Finalement, le plan “messe à 6h du mat” était une fausse info, je suis seul dans la chapelle, et attends patiemment le petit dej. Pas la peine de vérifier les mails de bon matin… C’est la pleine nuit en France. Réunion efficace et préparée à 8h, et à 9h je peux aller voir les responsables de l’organisation qui chapeaute le coopérant en place pour l’instant. L’accueil est sympathique mais ils sont les détenteurs des finances… ça demande de jouer un peu plus serré et mon indonésien y montre de temps en temps ses limites. Tout reste courtois et plein d’espérance.

Après la négociation un peu sévère, ils m’emmènent me montrer l’hôpital et les écoles, collèges et lycées sous la coupe de ladite organisation. Ce sont des milliers d’élèves, des plus riches aux plus pauvres… Passages éclair mais intéressants. Ils permettent aussi de tomber le masque impassible de négociateurs chinois qu’ils m’avaient montré jusqu’alors. C’est donc le coeur plus léger que nous avons mangé ensemble (nouilles et porc, finalement payé par des chrétiens qui étaient en même temps que nous dans le resto) avant d’aller au lieu des retraites du diocèse, histoire de goûter quelques fruits directement sur l’arbre : manggis et rambutan. Et sérieux, niveau saveurs, ça déchire grave… (niveau fourmis et moustiques aussi)

Rentré sous la pluie battante et menaçant d’inondation après avoir causé de serpents gros comme ma cuisse, je finis par regagner mes pénates. Il est bientôt… 15h seulement. Pour bien finir cette longue matinée, en arrivant devant ma chambre dans cette maison toute neuve toute pavée de carrelage rutilant, je finis allègrement sur le cul. C’est fou, ils construisent du nouveau mais n’anticipent jamais la pluie. P***** de sol glissant.

vendredi 10 février 2012

devant moi se tenait Natalia

mais l’idylle se termina globalement là. Peu de sourires en réponse aux miens, pas la moindre réponse à mes tentatives désespérées de nouer le contact. Pas plus de succès d’ailleurs avec son frère, Santo, qui émettait un vague et court mhh quand le conducteur lui avait demandé si c’était bien là le chemin.

Natalia et Santo étaient donc quelques minutes auparavant sur le siège arrière, silencieux, le visage fermé. En communication mineure, nous avons tout de même trouvé la petite route au bout du 6e pont. Au-delà, la mer. Simplement.

Descendre de voiture sous le cagnard, aviser un jeune qui disparait sous quelques planches, et une fois les sacs sur le dos, se retrouver posés dans le fond d’une barque, Natalia et Santo devant, le P. Yance, Benoît, moi puis le jeune marin qui avait disparu sous le ponton. La mer est haute, le vent souffle bien du nord, et la barcasse toute basse emporte quelques paquets de mer quand elle accroche des vagues sur son flanc. 30 minutes, sous un soleil de plomb, slalomant entre des îles apparemment bien peu habitées. 

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Rien de prévu comme ça dans mon emploi du temps. Levé avant 7h pour le petit dej, deux trois discussions avec un ancien directeur du lycée en train de fonder un petit séminaire, 20 minutes à l’arrière de la moto du gardien, son fils à l’avant entre ses bras, j’avais rendez-vous avec la directrice actuelle du lycée, femme dévouée qui avait accepté cette responsabilité. Nous devions relire le parcours du coopérant qu’elle a accueilli dans son établissement. L’échange fut bon, bref, efficace et intéressant. Si toutes les réunions pouvaient avancer aussi vite... Bon, la veille, elle m’avait collé un sacré lapin, mais on ne gère pas toujours aussi bien qu’on le désire son emploi du temps, surtout quand un de ses professeurs doit emmener son fils à l’hosto…

10h, nous convenons avec le responsable de l’organisation qu’il pourrait être bon que je retourne voir le foyer où des volontaires étaient venus quelques années auparavant. Un foyer au milieu de nulle part, sans eau courante ni électricité, sans moyens mais accueillant les enfants des îles alentours, un foyer pour enfants de primaire. Le confort, ici, c’est pas fourni avec ! Même pour les deux sœurs qui gèrent les 76 garçons et filles.

Ce que je n’avais pas saisi, c’est que Yance, le prêtre, avait envisagé de pousser un peu plus loin, visiter une petite communauté locale à une demie-heure de bateau du bout de la route. Et comme c’est le village des deux enfants, ils nous accompagnent, histoire de voir quelques heures leurs parents. Sinon, ils ne rentrent qu’aux vacances. A 9 ans.

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Ils sont donc à la proue durant ce petit périple et disparaissent à peine sommes-nous arrivés. nous avons dépassé d’autres villages sur pilotis, des mangroves, des îles en pagaille… il y en a en gros 300 dans les environs. A peine le pied sur le ponton peu raccord, un chino-malais nous aborde en souriant… et pendant trois heures il ne nous lâchera pas. Yance a lancé il y a 3 ans un crédit coopératif, permettant à des petites gens d’ouvrir un compte et de pouvoir demander des micro crédits. Alors le chinois raconte, et raconte encore toutes ses aventures. Il montre ce qu’il réalisé, les 220 bassins de mer pour les poissons d’élevage, les bassins pour les alevins, les aventures avec la police… discours ponctué de “tu n’oublieras pas de leur dire, hein”. Il paiera, certes, mais pas forcément juste dans les temps, alors il faut raconter.

On mange du poisson tout frais, et juste cuit, absolument délicieux, et accompagné d’un piment absolument violent. A la fin du repas, les deux prêtres que nous sommes bénissons un enfant bien mal en point depuis sa naissance, avec un handicap qui ne pourra que s’accentuer. ça promet de ne pas être facile pour lui, dans ce village de pêcheurs. Avant de s’installer ici il y a une petite trentaine d’années, ils étaient de ces hommes et femmes qui vivaient sur leurs bateaux, au gré du temps, des pêches… ils se sont installés mais pas franchement enrichis. Pas tous en tout cas.

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Nous finissons l’après-midi dans la famille de Natalia (invisible) et Santo (impassible). Maison au bout d’un autre ponton, simple à l’excès, toujours avec le chinois qui emplit la conversation, les hommes de la famille, ses employés qui opinent et sourient, les jeunes qui écoutent : rien que des hommes assis par terre pendant qu’on nous offre… un verre d’eau. Ici, clairement, il n’y a : rien. Aux femmes il manque des dents de devant, et certains jours, l’assiette doit sembler bien creuse. La maison, c’est un micro-crédit qui l’a permise. Elle n’existe que parce que certains ont quand même cru en eux.  Natalia et Santo, avec leur CM1, doivent dépasser le niveau d’études de quasiment tout le monde dans la maison. Mais ils ne parlent pas plus, s’effacent à force de ne pas avoir de place. Ils sont des petits. Et leur scolarité, ce sont des chrétiens de Singapour qui la paient.

Au retour, on discute avec Yance. Ils ont tellement rien que lors de la dernière grossesse d’une des femmes de la famille, grossesse qui tournait en fausse couche, ils hésitèrent sur la conduite à tenir. En un coup de fil, et quelques heures de transport, on l’emmena à l’hôpital. Et quelqu’un avança l’argent qu’il faut montrer avant les soins. Sinon, simplement, elle en serait morte. simplement.

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Du coup, c’est con mais j’ai envie de filer un coup de main, aussi. Et Yance me reprend. L’organisme de micro crédit a financé pour un des jeunes un des bassins pour faire grandir des poissons, sous la coupe du fameux chinois parleur. L’argent ne lui a pas été donné, mais prêté. Argent qu’il faudra rembourser, argent qu’on ne pourra pas dépenser ou jouer… argent qui compte. Parce que les respecter, ce n’est pas leur faire la charité. C’est apprendre à se tenir debout, même quand rien ne vous y a jamais préparé.

Pan sur le nez du petit blanc en mal de générosité.

Alors le silence de Natalia, je l’aime.

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Je sais qu’on pourrait prendre ça pour des vacances, et mes bras auraient du mal à le démentir… mais au travers de tout ça, on pressent autre chose, une construction d’un monde auquel j’aspire, et qui fait du bien… jusque dans ces non-lieux là

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jeudi 9 février 2012

marilah kita berdoa

il y a des chances que vous trouviez ce blog quelque peu calme ces prochains jours, 
je vais vivre l'Eglise à un autre rythme, au service des coopérants et de l'Eglise universelle
en Indonésie pour quelques semaines... 

au programme, des évêques, des professeurs, des directeurs, des prêtres, des religieux, des rencontres, des discussions, des heures en avion, des kilos de riz (il parait que je suis encore plus maigre qu'avant. on me le dit à chaque fois... depuis 10 ans), et ces petits sourires qui me font aimer être prêtre, là bas aussi. 

Il y a une Eglise et un royaume à construire, et c'est bon de le sentir aussi fort, parfois. 

Les rencontres seront aussi un peu diverses. Chargés de mission pour des organismes internationaux sur le SIDA dans l'avion, professeur d'anglais là où je loge... J'essaierai de vous raconter. 10indonesie

mercredi 1 février 2012

hiems LIV

Mise en situation. #vismaviedaumonier

il fait froid.
très.
vous avez un groupe de cinquièmes.
vous voulez les sensibiliser à l’autre, celui qui souffre, celui qui perd, celui qui…
vous décidez de leur passer un film.
vous passez quoi ?

Hiver 54 bien sûr.
dans la petite maison “aumônerie” sans chauffage du fond de la cour.
une foi investie, un monde en changement, le soutien des petits qu’on ignorait
l’Eglise qui fait advenir le royaume…

hiver-54--01-g

et juste avant,
vous leur posez la question facile,
la question qui suscite la curiosité, l’assentiment :
“vous savez qui est l’Abbé Pierre ?”

non.
aucun ne sait.
sur 40.

l’Abbé Pierre est mort en 2007. Ils avaient 7 ans.

tout passe, je vieillis Clignement d'œil.
Et maintenant, sans Abbé Pierre, sans Soeur Emmanuelle, sans Mère Térésa, quelles sont les figures d’aujourd’hui communément reçues de foi vécue ?

mardi 31 janvier 2012

Midas et Artaban

Parmi les marronniers de la vindicte politique, la méconnaissance par tel ministre du prix de la baguette ou du ticket de métro constitue une constante peu propice à la déception. Il y en a toujours un qui n’a pas utilisé de porte-monnaie, même virtuel, depuis suffisamment longtemps pour tout ignorer des prix et se délester d’une bourde publiquement. En tant que “ministre du culte” et par solidarité, je me dois d’y souscrire. Certes, je connais le prix du pain, celui des escalopes de dinde, des clés USB, des billets aller-retour Singapour-Paris, des pomélos, des fraises tagada, des MacBook pro, des 250g de beurre au sel de Guérande. Mais…

Je n’achète pas nécessairement chaque jour, ni chaque semaine, la PQR (entre  0,7 et 1,30€) sauf ce dimanche. Et devant moi dans le tabac presse :

  • bonjour,
  • la Presse de la Manche
  • le dernier Ouest-France
  • une cartouche de Camel
  • un Banco plus
  • deux coupdouble
  • deux blackjack
  • (et peut être un autre, j’ai oublié)

76,60€ s’il vous plait.

76,60€, 500F, de l’or avec de la fumée…
à 10 € près, mon budget pour le repas de 40 lycéens, vendredi dernier. Mince.

Je ne sais pas si c’est la crise ; en revanche, si certains s’en sortent bien, ce n’est franchement pas à leur honneur.

Je crois que j’aurais du mal à être patron de Bar Tabac, voyant s’échouer sur le zinc tellement d’espoirs aussi fânés que nourris aux pis aller dispendieux.  Sans parler de lui, qui m’avait tellement accroché.

lundi 30 janvier 2012

la paix elle aura ton visaagee

Petit geste symbolique…
A la fin de l’angélus, le pape adresse un message de paix pour les hommes…
et envoie une ou deux colombes histoire de marquer le coup.

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C’était une bonne idée, mais…
le couac, 
Pas de bol, les volatiles étaient d’humeur peu vagabonde.
A peine envolés, l’un revint se poser près de Benoît,
l’autre rentra carrément dans ses appartements…

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l’Evangile en acte, donc.
“dites d'abord : 'Paix à cette maison.' 
S'il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui ;
sinon, elle reviendra sur vous.”

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via @jmguenois sur twitter. c’est à la 21e minute,

vendredi 27 janvier 2012

Louer toute l'éternité

Les strips d’Edmond Prochain n’ont hélas[1] pas été récompensés à Angoulême. Dommage. Il faut reconnaître, en outre, qu’au milieu de la qualité florissante de la BD aujourd’hui, le second degré de David Ratte s’essoufflant un peu dans l’exode, on ne trouve pas tant d’auteurs aujourd’hui, qui n’aient été déjà primés, illustrateurs mis à part, sur le marché de la BD chrétienne. C'est dommage tant ce type de narration aurait quelque chose à suggérer dans le domaine de la foi. Si la musique et la poésie ont su se saisir du mystère, il faudrait commencer à creuser du côté du dessin, du récit, du décalage, sans être trop lié au narratif évangélique ou hagiographique... D'ailleurs, je suis tombé sur deux dessins, hors sphère catholique, qui m’ont bien fait sourire…

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non sans une certaine justesse d’ailleurs…

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c’est presque l’Evangile revisité

Notes : 

[1] soit dit en passant, je ne suis pas sûr que ça soit une bonne idée non plus de récompenser des strips... ils sont souvent plus inégaux qu'une BD, suivant le moment où on les lit... l'ouvrage se fait recueil, et l'attention se fatigue plus. 

mercredi 25 janvier 2012

Ca dure une seule minute

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J’aime bien me cacher derrière mon appareil photo,
et laisser les visages parler, leur donner la parole plutôt… 
il faut parfois le contempler un peu de temps
pour lui ouvrir un espace où il se dit…

IMG_7138web©DLerouge

un photographe a eu une heureuse idée… une minute. face objectif… une minute sans rien…

Ca dure une minute: Yasmine from Davidous on Vimeo.

Ca dure une minute: Julie from Davidous on Vimeo.

En une minute, il peut tout se passer.
En une minute, il peut ne rien se passer.
Une minute, c'est court, Une minute, c'est long.
Pendant une minute, le visage peut parler sans qu'on ait besoin de parler.
Canon 60D 30mm F1/4

j’aime bien.

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